Notre regard sur ...

Au-delà d'Ebola : pourquoi la préparation est devenue une priorité stratégique pour les entreprises

Les entreprises, les experts de la santé et les autorités ont montré comment la préparation renforce la résilience des entreprises en Ouganda.

Les dirigeants d'entreprise pensent rarement aux épidémies… jusqu'au jour où l'une d'elles perturbe leurs activités.

À ce moment-là, les répercussions dépassent largement le cadre des établissements de santé. Les chaînes d'approvisionnement ralentissent, la confiance des consommateurs vacille, les collaborateurs s'inquiètent, les déplacements professionnels sont remis en question et certaines décisions d'investissement sont reportées. Pour les entreprises, le véritable défi ne consiste donc pas seulement à réagir face à une urgence sanitaire, mais à maintenir leurs activités pendant qu'elle se déroule.

C'est précisément cette question qui a animé le Business Breakfast organisé par la Chambre de commerce française en Ouganda (FCCU), réunissant des représentants du gouvernement, des professionnels de santé et des dirigeants du secteur privé autour d'une réflexion commune : comment renforcer la résilience des entreprises dans un environnement où les risques sont de plus en plus imprévisibles ?

Placée sous le thème « Business Beyond Ebola : Risk, Preparedness and Economic Resilience », cette rencontre avait un objectif clair : déplacer le débat. Il ne s'agissait pas d'alimenter les inquiétudes suscitées par l'épidémie, mais d'inviter les entreprises à réfléchir aux mécanismes, aux partenariats et au leadership nécessaires pour poursuivre leurs activités malgré l'incertitude.

En ouvrant les échanges, la secrétaire de la FCCU, Aurélie Duchateau, a rappelé que les crises sanitaires ne concernent plus uniquement les gouvernements ou les établissements hospitaliers. Elles affectent désormais l'ensemble de l'économie, influençant la continuité des activités, la productivité des équipes, la confiance des investisseurs et le dynamisme des échanges commerciaux.

Selon elle, la véritable question n'est plus de savoir si une entreprise sera confrontée à une perturbation, mais si elle sera suffisamment préparée lorsque celle-ci surviendra.

Cette interrogation a servi de fil conducteur tout au long de la matinée.

La préparation est devenue un levier de performance

La première intervention, assurée par le Dr Maurice Ego de Ruby Hospital, s'est attaquée à l'une des idées reçues les plus répandues en matière de gestion des crises sanitaires.

Trop souvent, a-t-il observé, les entreprises n'agissent que lorsqu'elles y sont contraintes. Une fois le danger immédiat écarté, nombre des bonnes pratiques mises en place pendant la crise disparaissent progressivement.

La pandémie de COVID-19 en est une illustration particulièrement parlante.

Durant cette période, les entreprises ont investi dans l'hygiène au travail, la sensibilisation du personnel, les mesures de prévention des infections et les protocoles sanitaires. Pourtant, avec le retour progressif à la normale, beaucoup de ces initiatives ont été abandonnées.

Pour le Dr Ego, cette approche est insuffisante.

La préparation ne peut être une réponse ponctuelle activée uniquement en période de crise. Elle doit devenir une composante durable de la culture d'entreprise.

Il a ainsi invité les organisations à dépasser la simple logique des plans d'urgence pour mettre en place des dispositifs pérennes : politiques de santé au travail, programmes réguliers de sensibilisation des collaborateurs, procédures de signalement clairement définies, partenariats de confiance avec les établissements de santé et engagement constant de la direction.

Autant d'éléments qui renforcent la capacité d'une organisation à faire face à une crise bien avant que celle-ci ne survienne.

Au fond, la préparation ne consiste pas seulement à protéger les salariés.

Elle permet également de protéger l'entreprise elle-même.

Construire la résilience avant que la crise ne survienne

Si le Dr Maurice Ego a expliqué pourquoi la préparation constitue un enjeu stratégique, la Dre Miriam, de C-Care International Hospital, a montré ce qu'elle représente concrètement sur le terrain.

S'appuyant sur l'expérience de son établissement, elle a expliqué que la continuité des activités hospitalières repose sur bien plus que l'excellence médicale.

Elle exige une planification rigoureuse, une capacité permanente d'adaptation ainsi qu'une communication continue entre les équipes.

Les établissements de santé doivent constamment réévaluer leurs plans d'urgence, former à nouveau leurs collaborateurs lorsque les protocoles évoluent, adapter leurs procédures opérationnelles et diffuser rapidement les nouvelles recommandations.

La protection du personnel demeure tout aussi essentielle.

Les équipes en première ligne sont soumises à une pression considérable lors des crises sanitaires. Préserver leur bien-être physique comme psychologique constitue donc une condition indispensable au maintien des soins et au bon fonctionnement des organisations.

La Dre Miriam a également insisté sur l'importance des programmes de santé au travail qui s'inscrivent dans la durée.

Accompagner les collaborateurs, favoriser leur bien-être et maintenir un dialogue permanent permettent non seulement de limiter les inquiétudes pendant les périodes d'incertitude, mais aussi de préserver la productivité des organisations lorsque les risques augmentent.

L'un des enseignements majeurs de son intervention concernait toutefois la coopération.

Aucun hôpital ne fonctionne de manière isolée.

Son efficacité dépend de relations étroites entre les autorités publiques, les établissements de santé, les employeurs et les communautés qu'ils servent.

Lorsqu'une urgence sanitaire survient, la circulation rapide de l'information, la coordination entre les différents acteurs et la prise de décision collective deviennent tout aussi déterminantes que les soins médicaux eux-mêmes.

Pour les entreprises présentes, le message était sans ambiguïté.

La résilience ne se construit jamais seule.

Trouver l'équilibre entre vigilance sanitaire et continuité économique

La discussion s'est ensuite élargie pour aborder une autre dimension de la résilience : son impact sur l'économie.

Prenant la parole devant les participants, Son Excellence Virginie Leroy, ambassadrice de France en Ouganda, a salué les efforts déployés par les autorités ougandaises face aux défis sanitaires tout en soulignant la difficulté de l'exercice.

Protéger la santé publique demeure une priorité absolue.

Mais il est tout aussi essentiel de permettre à l'économie de continuer à fonctionner.

Les entreprises ne peuvent pas vivre durablement dans un état d'urgence permanent.

Les hôtels doivent continuer à accueillir leurs clients.

Les industriels doivent poursuivre leur production.

Les investisseurs doivent conserver leur confiance.

Le commerce doit continuer de circuler.

Les familles doivent pouvoir préserver leurs moyens de subsistance.

Tout l'enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre des mesures de prévention efficaces et la poursuite normale des activités économiques, sans que l'une ne se fasse au détriment de l'autre.

L'ambassadrice a également réaffirmé l'engagement de longue date de la France aux côtés de l'Ouganda pour renforcer son système de santé.

À travers la coopération scientifique, les partenariats institutionnels, l'innovation médicale et les investissements, la France continue d'accompagner des initiatives destinées à consolider non seulement les capacités sanitaires du pays, mais aussi sa résilience à long terme.

Son intervention a rappelé une réalité de plus en plus évidente à l'échelle internationale.

La sécurité sanitaire n'est plus seulement une question de santé publique.

Elle est désormais un enjeu économique à part entière.

Maintenir la préparation lorsque l'urgence médiatique s'estompe

Représentant le ministère ougandais de la Santé, le professeur Charles Olaro, directeur général des services de santé, est venu prolonger les principaux enseignements de la matinée en rappelant une réalité souvent oubliée : la préparation ne peut être dictée par l'actualité.

Sans s'attarder sur les données épidémiologiques ou les chiffres liés à l'évolution de l'épidémie, il a invité les entreprises à considérer la préparation comme une responsabilité permanente plutôt qu'une réaction ponctuelle face à une crise.

Selon lui, les mesures de prévention des infections, les dispositifs de surveillance, la sensibilisation des collaborateurs et la capacité de coordination entre les pouvoirs publics, les établissements de santé et le secteur privé ne doivent pas être renforcés uniquement lorsque les risques deviennent visibles.

Ils doivent être entretenus dans la durée.

Le professeur Olaro a également insisté sur le fait que les entreprises ont un rôle essentiel à jouer dans la protection de leurs collaborateurs et dans la préservation de la continuité économique. Les organisations qui investissent dès aujourd'hui dans des procédures claires, des mécanismes d'alerte et une culture de prévention seront naturellement mieux préparées lorsque surviendra la prochaine crise, quelle qu'en soit la nature.

Au fil de son intervention, un mot est revenu à plusieurs reprises : la confiance.

La confiance entre les institutions publiques et les acteurs privés.

La confiance entre les employeurs et leurs salariés.

La confiance accordée aux professionnels de santé chargés de guider les décisions lorsque les incertitudes se multiplient.

Cette confiance constitue, selon lui, l'un des fondements d'une réponse efficace.

Lorsqu'elle existe avant une crise, elle permet aux différents acteurs d'agir plus rapidement, de partager l'information avec davantage d'efficacité et de prendre des décisions coordonnées au moment où chaque heure compte.

Son intervention est ainsi venue rappeler que la résilience ne repose pas uniquement sur des infrastructures ou des protocoles.

Elle repose également sur la qualité des relations entretenues entre les institutions, les entreprises et les citoyens.

Une réflexion qui dépasse largement Ebola

Si les échanges prenaient pour point de départ la situation sanitaire actuelle en Ouganda, les discussions se sont rapidement élargies à des enjeux beaucoup plus vastes.

Les interventions ont abordé des sujets aussi variés que la gouvernance d'entreprise, la santé au travail, la communication de crise, les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle, les outils numériques ou encore les partenariats public-privé.

Autant de thèmes qui participent aujourd'hui à une même réflexion : celle de la résilience organisationnelle.

Le message adressé aux dirigeants n'était pas de transformer leurs entreprises en établissements de santé.

Il est reconnu que les risques sanitaires font désormais partie intégrante de l'environnement économique dans lequel évoluent les organisations.

À l'image des cyberattaques, des ruptures d'approvisionnement ou des crises financières, ils constituent des risques qu'il est désormais possible d'anticiper et d'intégrer dans les stratégies de gestion des entreprises.

Pour certaines organisations, cette préparation commencera simplement par la mise à jour des procédures internes.

Pour d'autres, elle passera par le renforcement des dispositifs de communication, la formation des équipes ou encore l'établissement de partenariats solides avec des établissements de santé de confiance.

Quelle que soit l'approche retenue, une même conviction semble désormais s'imposer : attendre qu'une crise survienne n'est plus une stratégie.

Regarder au-delà de l'urgence

Au terme de cette matinée, le Business Breakfast de la Chambre de commerce française en Ouganda aura offert bien davantage qu'une discussion consacrée à une épidémie.

Il aura créé un espace de dialogue où des représentants du gouvernement, des professionnels de santé et des dirigeants d'entreprise ont pu confronter leurs expériences autour d'un objectif commun : permettre aux entreprises de poursuivre leurs activités tout en protégeant les femmes et les hommes qui les font vivre.

Les professionnels de santé ont démontré que la préparation est avant tout un investissement dans la continuité.

Les autorités publiques ont rappelé que la coopération demeure indispensable pour faire face efficacement aux crises.

Les entreprises, enfin, sont reparties avec une conviction forte : la résilience ne se mesure plus uniquement à la rapidité avec laquelle une organisation se relève après une perturbation.

Elle se mesure aussi, et peut-être surtout, à la qualité de sa préparation avant que cette perturbation ne survienne.

Dans un contexte mondial marqué par la multiplication des risques sanitaires, climatiques, technologiques et géopolitiques, cette capacité d'anticipation devient progressivement un véritable avantage stratégique.

Et c'est peut-être là le principal enseignement de cette rencontre.

La préparation n'est plus seulement une réponse aux crises.

Elle est devenue un facteur de compétitivité, un levier de confiance et une condition essentielle de la pérennité des entreprises.

Partager cette page Partager sur FacebookPartager sur TwitterPartager sur Linkedin